Willy Fautré, Droits de l’homme sans frontières

Les organisations anti-sectes UNADFI et CCMM, l’institution anti-sectes étatique controversée MIVILUDES et George Fenech (magistrat, ancien président de la MIVILUDES et député du parti d’opposition LR) ont induit en erreur la ministre en charge de la Citoyenneté, Marlène Schiappa, sur le danger présumé que représente un groupe de prière.

A la mi-novembre, un tribunal de Metz a rejeté l’accusation d’abus de faiblesse dans une affaire impliquant deux des cinq fils d’un sexagénaire et un groupe de prière catholique traditionaliste, appelé « Eglise de Philadelphie » ou « Le Jardin ». Ils accusaient ce groupe d’abuser de leur père pour lui extorquer ses économies.

Ces deux fils affirment que leur père, Jean-Michel Brenner, a perdu le contact avec la réalité après la mort de leur mère il y a trois ans, et qu’il a vendu la maison familiale et a ensuite transféré le produit de la vente au groupe de prière « Eglise de Philadelphie ». Cependant, leur père a nié avoir jamais été membre de ce groupe. Il aurait déclaré au juge dans le numéro de France Bleu du 19 novembre : « Ma femme était proche de “l’Eglise de Philadelphie”, mais il n’a jamais été question de donner de l’argent à Christine et Geneviève Dupont de Ligonnès. L’argent de la vente de notre maison a servi à rembourser des prêts contractés pour les études scolaires de nos enfants. » Il veut maintenant porter plainte contre ses deux fils, a déclaré le journal.

Cette sordide affaire de famille ne mériterait aucune attention si les noms de Christine et Geneviève Dupont de Ligonnès n’y étaient pas associés.

Qu’est-ce que l’affaire De Ligonnès ?

En avril 2011, les corps d’Agnès Dupont de Ligonnès et de ses quatre enfants ont été retrouvés enterrés dans leur jardin à Nantes (Loire-Atlantique), alors que Xavier Dupont de Ligonnès, le mari et père, avait disparu. À ce jour, il est toujours porté disparu et fait l’objet d’un mandat d’arrêt international car il est considéré comme le principal suspect de ces meurtres. On a signalé à plusieurs reprises qu’il avait été aperçu dans d’autres pays et à un moment donné, on a annoncé qu’il avait été arrêté en Écosse, mais tout cela a été démenti par la suite.

Christine et Geneviève Dupont de Ligonnès, la mère et la sœur de Xavier de Ligonnès, sont les responsables du groupe de prière « Eglise de Philadelphie », qui existe depuis plus de 20 ans. Ce groupe a été la cible de rumeurs non confirmées basées sur les témoignages d’anciens membres et diffusées par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) et des groupes anti-sectes, mais personne n’a jamais été officiellement inculpé et mis en accusation pour quelque crime que ce soit.

Au moment de la tragédie, des militants anti-sectes notoires ont associé le meurtre d’une famille entière à l’implication possible de ce groupe de prière, qu’ils considèrent comme une « secte » croyant en l’imminence de l’Apocalypse. Ce lien entre les meurtres de masse et les sectes a facilement trouvé une oreille complaisante dans les médias et parmi les politiciens suite aux massacres ou suicides de masse perpétrés au sein de l’Ordre du Temple Solaire en France, en Suisse et au Canada dans les années 1990. Depuis 2011, les médias font circuler les mêmes rumeurs malveillantes mais infondées qui discréditent ce groupe de prière chaque fois qu’il y a une présumée apparition de Xavier Dupont de Ligonnès.

La tentative de retour au premier plan de la MIVILUDES et de la lutte contre les sectes

Le 1er janvier 2020, l’institution étatique de lutte contre les sectes, la MIVILUDES, a été retirée de la tutelle du Premier ministre au ministère de l’Intérieur, pour fusionner avec le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR). Un « réaménagement » et une réduction des effectifs étaient à l’ordre du jour. Composée à l’origine de 15 personnes avec sept conseillers spécialisés et du personnel administratif, la MIVILUDES a été réduite à trois ou quatre fonctionnaires. Les organisations anti-sectes se sont unies pour contrecarrer ce plan et ont largement fait campagne dans les principaux médias nationaux [1], mais ce fut en vain. Elles ont considéré le déclassement de la MIVILUDES comme sa mort annoncée.

En octobre, la lutte proclamée contre le « séparatisme » a été considérée comme une nouvelle occasion de ressusciter la MIVILUDES et de mettre en avant la lutte contre les soi-disant sectes. Alors que le gouvernement français travaillait sur un projet de loi sur le séparatisme visant principalement les islamistes, les acteurs habituels de la lutte contre les sectes ont fait campagne pour convaincre les législateurs que les groupes religieux et spirituels appelés « sectes » vivent également en marge de la société et devraient être identifiés comme des menaces dans le cadre du projet de loi. À cette fin, ils ont instrumentalisé l’affaire criminelle emblématique non résolue de Dupont de Ligonnès. Ils ont réussi à obtenir le soutien de la ministre en charge de la Citoyenneté, Marlène Schiappa, à leur cause. Bien qu’il n’y ait pas eu de nouveaux développements dans cette affaire, elle a discuté de la nécessité d’enquêter sur le fonctionnement du groupe de prière lors de plusieurs interviews et a exprimé à plusieurs reprises ses préoccupations concernant les tendances séparatistes des « sectes » [2].

En attendant, le jugement de novembre du tribunal de Metz a démenti la dernière rumeur malveillante visant le groupe de prière, mettant en évidence les allégations sans fondement des militants anti-sectes et leur diffusion de fausses nouvelles (fake news).

Le 17 novembre, le gouvernement a rendu public le projet de loi annoncé sous un titre totalement différent. Le mot « séparatisme » a disparu, et il s’agit maintenant du « Projet de loi renforçant les principes républicains ». Le contenu a également été profondément modifié, mais certains articles du projet de loi suscitent encore des inquiétudes. Plusieurs concepts vagues tels que « comportements menaçant la dignité humaine » et « pressions psychologiques » peuvent ouvrir la porte à des abus dans l’application de cette loi sur d’autres groupes religieux. En outre, un article de cette loi prévoit que si un membre d’un groupe est considéré avoir agi en violation de la loi, le Conseil des ministres peut promulguer une interdiction de l’ensemble de l’association.

Il est à espérer que le Conseil d’Etat gardera à l’esprit les lignes directrices de l’OSCE/ODIHR concernant la liberté de religion ou de conviction ainsi que les recommandations de la Commission de Venise et contestera ces dispositions contestables.

Lors du webinaire Ministère pour faire progresser la liberté de religion ou de croyance organisé par les États-Unis et la Pologne le 18 novembre, un événement parallèle organisé par CAP Conscience et Liberté a abordé les préoccupations soulevées par cette proposition de loi en France. L’événement peut être suivi ici : https://www.youtube.com/watch?v=U9Rl7DagZjQ&t=11s.

Au début du mois de novembre, un livre blanc intitulé « Séparatisme », religion et «sectes » : Questions relatives à la liberté religieuse, qui traite de ces préoccupations, a été publié par le Centre d’études sur les nouvelles religions de Turin (CESNUR), Droits de l’Homme sans frontières à Bruxelles (HRWF), la Fédération européenne pour la liberté de croyance en Italie (FOB), Bernadette Rigal-Cellard de l’Université Bordeaux-Montaigne et Frédéric Jérôme Pansier de l’Université Panthéon-Sorbonne à Paris.

Voir aussi la Lettre au Président Macron signée par une quinzaine d’ONG et une dizaine d’experts, datée du 28 octobre 2020.

Source : Newsletter Freedom of Religion or Belief, Human Rights Without Frontiers, 23 novembre 2020. Traduction de CAP Conscience et Liberté.

[1] Voici quelques articles sur le déclassement de la MIVILUDES :

https://www.liberation.fr/checknews/2019/10/01/sectes-la-miviludes-va-t-elle-disparaitre_1754651,

https://www.franceinter.fr/lutte-contre-les-sectes-la-miviludes-va-t-elle-disparaitre, and

https://www.lepoint.fr/societe/le-gouvernement-abandonne-t-il-la-lutte-contre-les-sectes-01-10-2019-2338675_23.php.

[2] Marlène Shiappa et l‘Eglise de Philadelphie’ :

https://www.lefigaro.fr/actualite-france/marlene-schiappa-veut-comprendre-comment-fonctionne-le-groupe-de-prieres-des-dupont-de-nbsp-ligonnes-20201011, https://www.ladepeche.fr/2020/10/11/loi-sur-le-separatisme-le-groupe-de-prieres-des-dupont-de-ligonnes-dans-le-viseur-de-marlene-schiappa-9132085.php, https://www.leparisien.fr/politique/derives-sectaires-il-y-a-une-floraison-de-petites-structures-alerte-marlene-schiappa-10-10-2020-8400297.php, et https://www.unadfi.org/groupes-et-mouvances/l-eglise-de-philadelphie-preoccupe-marlene-schiappa/.

 

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