CAP Liberté de Conscience avril 2026

La Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) publie chaque année des guides pour repérer les mouvements qui selon elle menacent l’ordre républicain et la sécurité des personnes. Elle ne travaille pas seule : elle s’appuie sur des partenaires de confiance, notamment l’Ordre des médecins et l’Ordre des pharmaciens, officiellement cités sur son site comme des alliés incontournables.

Pourtant, à la lecture du rapport accablant de l’Inspection générale des finances (IGF) révélé par Le Canard Enchaîné en mars 2026, et surtout à la lumière de la décision historique de dissoudre le Conseil de Paris prise par les autorités sanitaires, on ne peut s’empêcher de sentir une certaine… dissonance cognitive. Si l’on applique les critères mêmes utilisés par la Miviludes pour définir une “dérive sectaire” aux pratiques de l’Ordre des médecins, le tableau est saisissant.

L’institution censée protéger la santé mentale et physique des Français contre les emprises nuisibles présente-t-elle elle-même les symptômes qu’elle combat ? L’IGF et le Ministère de la Santé ont tranché : le patient est en état de crise terminale. Passons le test à l’aune des critères officiels.

  1. L’exploitation de la détresse et de la faiblesse (notamment financière)

Critère de la Miviludes : L’exigence financière

La réalité à l’Ordre des Médecins (Source IGF) : L’Ordre est une machine à cash dotée d’un budget de 111 millions d’euros, alimenté par une cotisation obligatoire (335 € par an) que tout médecin doit payer pour exercer. Ce n’est pas une option, c’est une “gabelle” moderne pour entrer dans la corporation.

Mais où va l’argent des fidèles… pardon, des cotisants ? Pas dans le service public, mais dans le confort des “gourous” élus.

  • Les “indemnités de présence” ont été versées à des personnes qui n’étaient même pas élues (58 000 € indûment versés en 2024). L’ancien président a lui-même empoché des indemnités d’expertise opaque (27 000 €) et des frais de taxi (1 177 €).
  • La vie de château : Le conseil départemental des Alpes-Maritimes a acquis la “Villa Armenonville”, une villa de 1 200 m² avec piscine pour 3,9 millions d’euros. Pour qui ? Pour 7 salariés. Le coût par “moine” est donc astronomique.
  • Les privilèges de la caste : Quand une simple conseillère dépense 15 000 € de taxis en un an, ou que les repas dépassent 40 € sans justification (jusqu’à 75 € par personne pour une cérémonie de distinction aux Antilles), on est loin de la gestion désintéressée. L’argent des médecins sert à financer le train de vie d’une élite déconnectée.

Verdict : L’extraction de ressources obligatoires pour financer le luxe d’un petit groupe dirigeant correspond parfaitement au critère d’exploitation financière.

  1. Le rejet des règles légales et institutionnelles

Critère de la Miviludes : Le discours anti-institutionnel ou le rejet des règles et des lois

La réalité à l’Ordre des Médecins : L’IGF note avec stupeur que l’Ordre, bien qu’organisme de droit privé en charge d’une mission de service public, se moque royalement des règles de la commande publique.

  • Au moins 29 manquements aux règles de la commande publique ont été relevés entre 2021 et 2024, représentant 4,3 M€ d’achats.
  • Des contrats passés en gré à gré sans publicité ni mise en concurrence (comme pour l’achat de stéthoscopes ou l’organisation du congrès).
  • Les élus s’octroient des avantages (comme le remboursement de taxis sans limite ou la prise en charge d’un abonnement tunnel pour trajets privés le week-end) en violation de leur propre règlement de trésorerie.

L’Ordre semble considérer que les règles qui s’appliquent aux autres organismes publics ne s’appliquent pas à lui. Il vit dans une bulle juridique autoproclamée, un trait caractéristique des structures sectaires qui créent leur propre norme.

Verdict : Le mépris systémique pour la légalité (commande publique, code de la santé publique) est un signal d’alarme majeur.

  1. L’ambiance inéquitable et l’opacité

Critère de la Miviudes : L’isolement, la rupture avec l’environnement

La réalité à l’Ordre des Médecins : Le rapport décrit une gouvernance opaque, close sur elle-même, protégeant ses membres plutôt que les patients.

  • L’opacité comptable : Impossible de suivre les 13,8 M€ de placements financiers. L’inventaire physique n’existe pas (la moitié du matériel est introuvable). Les réserves sont dispersées sur des comptes multiples (5 comptes rien que pour Paris).
  • La protection des “frères” : Le plus effrayant est la gestion des signalements. Le rapport pointe “une défaillance majeure” dans l’affaire Le Scouarnec (299 victimes) et note que des médecins condamnés pour pédopornographie ou agressions sexuelles sont toujours inscrits au tableau. Le système protège l’institution et ses membres (notamment à Paris où des élections ont été annulées pour fraude) au détriment des victimes.
  • Le clientélisme : Des exonérations de cotisations accordées pour des motifs farfelus comme la “phobie administrative”.

Verdict : On retrouve ici le mécanisme de défense typique des dérives sectaires : le secret, le déni de la réalité (les faits graves sont minimisés ou non traités) et la solidarité coupable entre les membres de l’organisation face au monde extérieur.

  1. La mise en danger d’autrui (atteinte à la santé physique ou psychique)

Critère de la Miviludes : Les atteintes à l’intégrité physique

La réalité à l’Ordre des Médecins : C’est sans doute le critère le plus ironique. L’Ordre est là pour protéger les patients des médecins dangereux. Or, le rapport de l’IGF et l’actualité judiciaire de 2025 démontrent que par inaction, négligence ou corporatisme, l’institution a laissé le loup entrer dans la bergerie.

  • L’aveu d’impuissance : L’IGF affirme noir sur blanc que “les conditions ne sont pas réunies à ce jour pour prévenir la reproduction de situations similaires” à l’affaire Le Scouarnec.
  • Le cas emblématique 2025 : Le procès de Joël Le Scouarnec, condamné en mai 2025 pour viols et agressions sur 299 victimes, a révélé l’ampleur du désastre. Des alertes avaient été lancées dès 2005, mais l’Ordre n’a pas su ou n’a pas voulu agir. En ne radiant pas à temps ce médecin déviant, l’institution a sciemment exposé des patients à des risques vitaux et psychologiques majeurs.
  • L’omission de secours institutionnelle : Laisser des médecins condamnés pour pédopornographie ou agressions sexuels continuer d’exercer, comme relevé par le rapport, constitue une forme de mise en danger délibérée des usagers du système de santé.

Verdict : Une organisation qui, par négligence coupable, met en danger la vie physique et mentale de ceux qu’elle est censée protéger répond à la définition la plus grave de la dérive sectaire.

  1. La confiscation du pouvoir et l’opposition à la critique

Critère de la Miviludes : Les troubles à l’ordre public

La réalité à l’Ordre des Médecins : Une dérive sectaire se caractérise souvent par une gouvernance verrouillée où les dirigeants ne rendent de comptes à personne et s’auto-perpétuent. La situation à Paris est devenue si critique qu’elle a dépassé le stade de l’anomalie pour entrer dans celui de la pathologie nécessitant une intervention chirurgicale radicale.

  • La crise de la démocratie interne à Paris : La situation au Conseil départemental de Paris est ubuesque. Les élections ont été annulées à deux reprises par le juge administratif pour irrégularités et fraudes. Pourtant, les conseillers ont continué à siéger “de fait”, refusant de laisser la place malgré la décision de justice. C’est la confiscation du pouvoir à l’état pur.
  • La sanction ultime : Le constat d’irrégularités de gouvernance est tel que le Ministère de la Santé, sur recommandation de l’IGF, a décidé de dissoudre le Conseil de Paris. Comme le rapporte Le Monde, c’est une mesure prise “en vue d’assurer son renouvellement intégral”. Une institution qui doit être dissoute par l’État car elle ne respecte plus les règles démocratiques basiques ne peut plus prétendre à la légitimité.
  • Le déni de critique (Septembre 2025) : À l’automne 2025, alors que l’IGF publie ses conclusions dévastatrices sur la gestion financière et que la contestation monte chez les médecins, que fait le Conseil national ? Il vote une revalorisation de ses propres indemnités. Le président voit son salaire passer de 104 000 à 120 000 €. Face à la critique, la réponse de l’élite ordinale est de se fermer et de s’augmenter, ignorant totalement le sentiment d’injustice de la base.

Verdict : Le refus d’accepter le verdict des urnes (annulation des élections), la confiscation des mandats aboutissant à une dissolution par l’État, et le mépris pour la contestation légitime (hausse des indemnités en temps de crise) sont les signes d’une coupure totale avec la démocratie, typique des structures autoritaires qui fonctionnent en vase clos.

Blouse blanche et blanche blouse

L’IGF recommande la dissolution du conseil de Paris et une refonte totale de la gouvernance médicale. Si la Miviludes appliquait sa grille d’analyse à son propre partenaire avec la même rigueur qu’elle l’exerce ailleurs, l’Ordre des médecins mériterait sans doute un “Guide” à son nom.

Mais l’ironie ne s’arrête pas là. Comment la Miviludes pourrait-elle prétendre réguler les dérives d’autrui alors qu’elle est, elle-même, devenue une habituée des prétoires ?

Loin d’être un gendarme infaillible, l’organisme étatique accumule les revers judiciaires. la Miviludes a été condamnée pour la cinquième fois en 2025. Ses rapports, souvent rédigés avec la précision d’un pamphlet plutôt que d’une enquête administrative, sont régulièrement retoqués par la justice qui oblige l’État à indemniser les victimes de ses étiquettes hâtives.

D’un côté, nous avons l’Ordre des médecins qui brûle l’argent des cotisations dans des villas avec piscine ; de l’autre, la Miviludes qui dilapide l’argent du contribuable pour payer les dommages et intérêts de ses propres condamnations en diffamation. Entre un partenaire qui gère les fonds publics comme une caisse noire et un “expert” qui utilise l’administration pour régler des comptes, les deux semblent faits pour s’entendre.

Sources :

 

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