Enquête de Human Rights Without Frontiers sur un mouvement religieux fondé en Corée du Sud, et désormais présent en France, qui a régulièrement été présenté de manière négative dans certains médias de l’hexagone. (*)
Willy Fautré directeur de Human rights Without Frontiers (**)
HRWF (17.06.2026) – Shincheonji est enregistré au Journal Officiel en France sous le nom de « Shincheonji Église de Jésus, France ». Ce nouveau mouvement religieux chrétien d’origine sud-coréenne appartient à la nébuleuse protestante mais n’est pas une Église évangélique, contrairement à ce que déclare la Miviludes dans son rapport d’activités 2022-2024 (p. 73) puisque les pasteurs évangéliques en Corée du Sud voient en Shincheonji un concurrent théologique avec lequel ils sont en compétition.
La question qui se pose en France est la suivante : Cette communauté religieuse doit-elle être l’objet d’inquiétude, de suspicion, de surveillance, voire plus ? Les lecteurs en jugeront à l’issue de la publication d’une série d’articles à ce sujet.
Introduction : Brève histoire de l’Église Shincheonji en Corée du Sud
L’Église Shincheonji (Nouveau Ciel, Nouvelle Terre, traduit en français) a été fondée en Corée du Sud en 1984 par le président LEE (Lee Man Hee, né en 1931) et toujours dirigée par lui en juin 2026.
Début 2026, on estimait que le nombre de ses membres dépassait les 500 000, auxquels s’ajoutaient 200 000 étudiants suivant ses cours bibliques, selon ses propres statistiques.
Cette expansion ne pouvait passer inaperçue auprès des principales Églises chrétiennes de Corée, d’autant plus que, par le passé, la plupart des nouveaux membres des congrégations Shincheonji provenaient de leurs rangs. Cela déclencha de vigoureuses campagnes d’hostilité de la part des autorités religieuses, notamment de certaines Églises presbytériennes conservatrices.
Les pasteurs des centres de conseil anti-hérétiques, majoritairement affiliés aux Églises presbytériennes, encouragèrent et participèrent à des dé-conversions forcées ciblant les congrégations Shincheonji, une pratique visant à contraindre par divers moyens, y compris la séquestration, une personne à renier la religion à laquelle elle s’est convertie.
D’après les statistiques annuelles de Shincheonji pour la période 2003-2019, environ 1 500 membres de leur congrégation auraient, selon leurs dires, « survécu » à des dé-conversions forcées. Celles-ci incluaient des enlèvements et des séquestrations familiales, ainsi que des « déprogrammations » utilisant de fausses rumeurs et des calomnies contre Shincheonji, propagées par des pasteurs presbytériens et d’autres militants anti-Shincheonji. Les victimes étaient des adultes qui avaient librement suivi les enseignements de l’Église Shincheonji, mais qui avaient réussi à résister à cette « rééducation » ou à s’échapper. (#)
Autre controverse
Au début de la pandémie de COVID-19 en 2019, Shincheonji en Corée a été accusée d’avoir organisé une réunion par laquelle le virus aurait été introduit dans le pays. Une vaste campagne médiatique en Corée a alors ciblé et diffamé Shincheonji pendant des mois, et même des années.
Cela a exacerbé les idées fausses déjà profondément ancrées et répandues au sujet de Shincheonji. Il en a résulté de nombreux cas de discrimination à l’encontre des personnes identifiées comme membres de Shincheonji, mais également des agressions physiques, des humiliations publiques et des licenciements.
Toutefois, le 12 août 2022, la Cour suprême de Corée a déclaré Shincheonji non coupable de l’accusation, largement médiatisée, de violation des règles sanitaires relatives à la COVID-19. Cette importante décision de justice en Corée a rétabli la vérité mais elle est restée confidentielle et inaperçue en Europe.
(#) HRWF ne se prononce pas sur le bien-fondé des religions ou des croyances, et ne s’aligne sur aucune religion, théologie ou vision du monde non religieuse en particulier. HRWF ne défend aucune religion ni aucun système de croyances en particulier, mais défend la liberté de religion ou de conviction telle que garantie par l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies.
Shincheonji en France
C’est le 26 février 2016 qu’est arrivée en France la première missionnaire mandatée par l’Église sud-coréenne pour y fonder une église à son image théologique.
Au départ, elle était protestante. Pendant des années, elle avait en vain cherché dans diverses églises – presbytériennes, méthodistes, Témoins de Jéhovah et Eglise de l’Unification – des réponses à ses questions, notamment sur les prophéties de la Bible et le Livre de l’Apocalypse. Lors d’une conférence biblique de l’Église Shincheonji, ce fut le « coup de foudre ». Elle s’est alors inscrite à une de ses académies. C’était en l’an 2000
Seize ans plus tard, elle partait pour la première fois en France, dont elle ignorait la culture et la langue. Dans ces conditions, le projet de création d’une église à l’image de Suncheonji paraissait être une mission impossible. Une rencontre fortuite avec une touriste britannique chrétienne venue évangéliser en France a conduit à la conversion de cette dernière. Cette ressortissante du Royaume-Uni a alors contribué à la diffusion de la vision thélogique de l’Église Shincheonji.
La première citoyenne française à rejoindre l’Église Shincheonji a suivi un parcours très particulier. Elle était d’origine catholique mais pas très engagée dans sa paroisse. Elle s’était rendue en Corée du Sud vers le milieu des années 2020 pour étudier la langue dans le cadre de sa formation en traduction et interprétation. Elle en aimait la culture qu’elle avait découverte dès son enfance par les dessins animés à la télévision. Elle a rencontré Shincheonji pendant ses études en Corée et elle en est devenue membre sur place. Elle a alors choisi de rentrer en France pour développer la mission naissante sur place. Elle était alors la seule française dans une équipe uniquement composée de Coréens et la seule à parler les deux langues.
En mai 2016 s’est ouverte dans la région Île-de-France, entourant la capitale Paris, la première académie Shincheonji, un lieu ainsi dénommé et utilisé pour les formations bibliques. D’autres furent ensuite créées à Lyon, Marseille et Montpellier.
La croissance fut lente au début car les Français, dits de souche, visés en priorité par les missionnaires de l’Église Shincheonji ne s’intéressaient pas à la religion. Par contre, les Français des territoires d’outre-mer et de la deuxième génération de familles originaires des anciennes colonies, étaient assez réceptifs car la foi chrétienne avait été bien transmise par leurs communautés à travers les générations.
Après un an d’efforts, l’Église Shincheonji comptait une cinquantaine de membres. En 2019, elle avait atteint le chiffre de 350 membres mais pendant la pandémie de COVID-19, l’église n’a pu fonctionner qu’en ligne. Toutefois, environ 700 personnes se sont jointes à la communauté pendant cette période. En 2023, le chiffre de 1000 membres était atteint.
Aujourd’hui, ils font état de 1 440 membres, dont un millier en Île-de-France: 2/3 de femmes et 1/3 d’hommes, ce qui correspond à ce que j’ai vu à un culte dominical dans la région parisienne. De simples photos pourraient laisser croire à un observateur superficiel qu’ils viennent de pays africains et qu’il s’agit d’une église africaine liée à l’immigration récente mais ce n’est pas le cas. Les interviews révèlent une réalité différente, plus complexe: 55,6 % sont des citoyens français.
Ils viennent des territoires d’outre-mer de la République française ou bien sont nés en France de la deuxième, voire la troisième génération, de familles d’origine africaine arrivées en France au 20e siècle.
L’Église Shincheonji en France est une église dont les membres sont en majorité français. Dans le pourcentage restant (environ 40%), pas mal d’étudiants sont nés dans des pays francophones d’Afrique (Cameroon, Gabon, Bénin, Congo-Brazzaville…). Ils sont venus en France pour leurs études universitaires en droit, sciences politiques, cyber-sécurité, multi-médias, architecture, etc. La langue n’est pas un obstacle pour eux et ils sont l’exemple vivant du rayonnement culturel de la France en Afrique.
Quarante pour cent ont 25 ans ou moins. Plus de 80% sont des convertis d’une autre église ayant déjà un certain bagage biblique. Ils sont surtout en provenance des milieux évangéliques et pentecôtistes, mais il y a également un certain nombre de catholiques en recherche spirituelle. Parmi les membres français, 43,2 % étaient pentecôtistes et 28,5 % étaient catholiques avant de rejoindre Shincheonji.
Cette porosité déjà observée en Corée du Sud se confirme en France et explique l’animosité des églises protestantes évangéliques à l’égard de l’Église Shincheonji. Les convertis d’origine musulmane, athées or non-religieux sont très peu nombreux dans la communauté.
Les convertis sont assez unanimes dans les raisons de leur changement de religion et peut être résumé comme suit: “Mon église précédente ne me donnait pas de réponse claire ou satisfaisante aux questions que je me et leur posais. Par contre le message de Shincheonji est clair et précis, fondé avec précision sur la Bible, et je peux le vérifier.”
Prochain article: Comment on devient membre de l’Église Shincheonji et comment on partage sa foi.
(*) Cette étude est fondée sur une vingtaine d’interviews de membres de l’Église Shincheonji en France en mai 2026. (**) Lors d’un séminaire universitaire en Corée du Sud en 2019, l’auteur a visité les locaux de l’Église Shincheonji, s’est entretenu avec le président Lee et a interviewé des membres de l’Église.





