CAP Liberté de Conscience avril 2026

Il était le chouchou de la MIVILUDES (Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires) et de l’UNADFI (Union Nationale des Associations de Défense des Familles et de l’Individu) quand il s’agissait de s’en prendre à la médecine anthroposophe et aux écoles Steiner-Waldorf.

Dans le rapport 2021 de la MIVILUDES, son nom, Grégoire Perra, apparaissait à 14 reprises pour justifier des attaques contre lesdites écoles, et son témoignage y était qualifié d’ « extrêmement précieux » pour dénoncer les « pratiques d’endoctrinement », la « logique sectaire » et « l’emprise » de l’anthroposophie.

L’UNADFI, quant à elle, lui consacrait de nombreux articles panégyriques depuis 2011. En 2024, elle indiquait que « le tribunal judiciaire d’Evreux a condamné pour diffamation l’un de ses principaux détracteurs, Nicolas Tavernier, président de l’Association nationale pour la promotion et l’avenir de la pédagogie Steiner-Waldorf (ANPAPS) ».

Sauf qu’en cause d’appel, fin janvier 2026, la Cour d’Appel de Rouen a infirmé le jugement et donné raison à Nicolas Tavernier, qui avait qualifié Perra d’ « agresseur sexuel » et de « fieffé menteur » (Grégoire Perra a annoncé se pourvoir en Cassation, et ouvert une cagnotte pour être renfloué financièrement). La Cour d’appel a en effet estimé que le terme « cet agresseur sexuel » était justifié parce qu’il s’appuyait sur « une enquête sérieuse, basée sur deux articles précédemment documentés et surtout sur les témoignages de première main de la mineure victime et de ses parents ». Elle ajoutait que « la question des violences sexuelles sur mineurs et surtout, la libération de la parole des victimes, est un sujet d’intérêt général très important ».

En effet, en 2024 une enquête du journaliste Brice Perrier avait mis à jour le fait qu’avant de devenir le détracteur virulent contre l’anthroposophie que l’on connait, Grégoire Perra avait dû quitter l’école Steiner Waldorf où il enseignait, après avoir été accusé par une élève mineure d’agression sexuelle (en 2006). C’était là le début de sa croisade vengeresse contre le mouvement anthroposophe. A l’époque, Grégoire Perra avait même rédigé une longue lettre d’excuses à sa victime reconnaissant l’agression, et tenant de minimiser sa responsabilité en arguant d’être « malade » et « atteint d’une profonde névrose », et en expliquant qu’il aurait été « contaminé » par la compassion qu’il aurait ressentie pour une ex-compagne « victime d’agressions pédophiles durant toute son enfance et son adolescence ». La ficelle est énorme, le propos hallucinant, mais c’est ainsi.

C’était déjà problématique pour ceux qui avaient tout misé sur Grégoire Perra (quand on manque de preuves pour corroborer ses dires, on est prêt à accepter tout « témoin » qui fait le job), mais ce n’est pas tout. Récemment, sur X, plusieurs femmes ont dénoncé des comportements inappropriés répétés de la part de Grégoire Perra, qui a fermé son compte immédiatement. Pourtant, ces femmes sont loin d’être des amies de l’anthroposophie, et en sont au contraire souvent des détractrices. Cela ne les a pas empêchées de dénoncer ces comportements inappropriés, s’attirant souvent des commentaires méprisants de ceux qui défendaient, « au nom de la cause », Grégoire Perra, et déclenchant une vague de distanciations tardives de ses anciens soutiens.

Un autre exemple :

Encore un autre :

A nouveau :

Le rédacteur en chef de Métal Hurlant, ancien camarade classe de la jeune fille qui avait été la récipiendaire de la lettre d’aveux précédemment citée, dénonce ceux qui « ont fermé les yeux » :

Il est, comme vous pouvez le voir ci-dessus, retweeté par Marie-Estelle Pech, rédactrice en chef du magazine Marianne, qui elle aussi était l’une des rares journalistes à avoir alerté sur les comportements de Grégoire Perra dans le passé :

L’UNADFI et la MIVILUDES n’ont pas daigné s’exprimer, si ce n’est pour accuser celles qui se présentent comme victimes de propager des rumeurs.

Reste à parier que Grégoire Perra ne sera plus cité dans les rapports de la MIVILUDES, qui doit être déjà à la recherche d’un autre « témoin » professionnel, en espérant que le nouveau ne sera pas lui aussi rattrapé par des casseroles.

Un autre cas d’école, Hugues Gascan

Hugues Gascan est le Président et Fondateur d’une récente association qui s’appelle « Groupe d’études de Phénomènes Sectaires, GéPS ». En 2023, il était invité aux très selects « Assises des dérives sectaires et du complotisme » organisées par la Secrétaire d’État Sonia Backes et la MIVILUDES. Son association le GéPS est financée par la MIVILUDES elle-même (sa petite association revendiquant seulement 15 adhérents, sans même avoir un site Internet, a reçu par exemple en 2024 vingt mille euros de subventions de la Miviludes pour faire de la « veille » et de l’ « information » sur les dérives sectaires), et il est régulièrement interviewé par les médias nationaux, quand il s’agit de commenter les « dérives sectaires » ou les médecines complémentaires. Il y a quelques jours encore, Boursorama publiait un long article sur « l’entrisme » des « médecines alternatives » dans les universités, et choisissait comme « expert » Hugues Gascan, prompt à fustiger nos lieux de savoir pour leur enseignement de l’acuponcture ou de la phytothérapie (la thérapie par les plantes).

L’UNADFI l’encense à plusieurs reprises, lui le « lanceur d’alerte et directeur de recherche et responsable d’une unité de l’Inserm au CHU d’Angers. »

Ce que ce les médias et la Miviludes ignorent, ou font semblant d’ignorer, c’est comment Hugues Gascan en est arrivé à militer contre « les dérives sectaires », une histoire qui n’est pas dénuée de similitudes avec celle de Grégoire Perra.

A la fin des années 2000, Hugues Gascan entre en conflit avec une collègue scientifique (nous l’appellerons Mme Y.) dans un laboratoire de l’INSERM à Angers. Cette femme, une scientifique estimée par ses pairs avec laquelle il avait co-signé plusieurs articles dans des revues professionnelles, est accusée par Gascan de faire partie d’une secte ésotérique. Jalousie professionnelle ou déception d’un prétendant éconduit, la justice optera plutôt pour une « volonté de nuire » et un sentiment « de toute puissance ». Gascan l’exclut de son laboratoire sans respecter aucun formalisme.

Mais la scientifique décide de ne pas en rester là. Elle porte plainte pour harcèlement. En 2012 l’Université d’Angers, consciente des problèmes au sein de l’unité de Hugues Gascan, décide de fermer son laboratoire.

Mais surtout, la Cour d’appel d’Angers rend un jugement dévastateur pour Hugues Gascan, et le condamne à 4 mois d’emprisonnement avec sursis pour harcèlement moral. La Cour rejette les arguments de Gascan et insiste sur le fait que ses actions contre sa jeune collègue « démontrent un acharnement à l’encontre d’une personne précise et nullement une volonté d’organiser uniquement le fonctionnement des deux nouvelles unités ».

Pire encore, la Cour relève que « cet acharnement de [Gascan] à vouloir “faire vider les lieux” matériellement par Mme Y… dépasse largement l’exercice normal de ses fonctions d’encadrement et démontre sa volonté d’imposer sa toute-puissance, qui est d’ailleurs dénoncée par nombre de personnes de ce service pendant l’enquête ».

S’ensuivent d’accablantes descriptions du harcèlement subie par sa collègue, « en déclarant qu’il fallait se méfier, d’une part, et, d’autre part, en disant à la cafétéria le 12 octobre 2009 à Mme Y…, en présence de collègues, “retourne dans ta grotte jouer avec shiva”, M. X… a publiquement ajouté un élément dénigrant Mme Y… constitutif de harcèlement », parlant de « son obsession à venir à bout de sa collègue » malgré les demandes de ses autres collègues de « de cesser ses recherches sur la vie privée de Mme Y » (il l’avait fait suivre à son insu en dehors des heures de travail).

Mais sa collègue Madame Y. n’était pas la seule victime : « l’enquête pénale établit que celle-ci n’est pas la seule à avoir fait les frais du comportement de toute puissance de M. Gascan : Mme Q…, Mme R…, M. S…, M. T…, professeur d’université, Damien U…, ancien étudiant dans le service de M. Gascan, Mme V…, entre autres, ont témoigné de ce qu’ils ont personnellement subi un comportement tout à fait similaire de dénigrement de leur travail, de brimades diverses ayant abouti à leur isolement du groupe pour leur faire quitter le service. »

Pire encore, Gascan aurait voulu faire chanter une subalterne pour obtenir d’elle un témoignage corroborant ses dires : « cette mauvaise foi, dont fait preuve M. [Gascan], caractérisant l’élément intentionnel, est confortée par le témoignage de Mme W…, Ingénieur de Recherche à l’Unité 564, qui a déclaré aux Enquêteurs, “Fin mai, début juin 2009, M. [Gascan] m’a convoquée dans son bureau pour me dire qu’il se demandait comment il allait me payer si je ne l’aidais pas. Je lui ai dit que je ne comprenais pas. Il m’a répondu que c’était simple d’envoyer un petit mail à la direction de l’INSERM dans lequel je le soutenais, que personne ne le saurait, et dans lequel j’attesterais du fait que Mme Y… avait tenté de m’embrigader dans son “groupe”. C’est le mot exact employé par M. [Gascan]. Je lui ai répondu que je ne le ferais jamais. J’ai vraiment eu le sentiment qu’il me faisait du chantage à l’emploi puisque je suis sous CDD et que c’est le seul à le renouveler ou pas.” »

La Cour de cassation a confirmé cet arrêt en tous ses points le 14 mai 2013. Et c’est comme ça que Hugues Gascan a décidé de faire de la lutte contre les sectes sa nouvelle obsession.

Originellement, son premier « Groupe Phénomènes Sectaires » avait été créé au sein de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH). Mais en septembre 2022, le groupe s’était autodissout en avançant avoir dû « faire face à des situations d’entrave permanentes provenant de la direction politique et administrative de la LDH », sur fond d’enjeu financier relatif aux subventions de la MIVILUDES. Ce n’est qu’ensuite que Gascan a créé le GéPS, ouvrant la porte à la réception directe des précieuses subventions de dizaines de milliers d’euros de la MIVILUDES.

Il ne s’agit pas là de refaire le procès d’un homme pour des faits qui remontent à une quinzaine d’années en arrière. Cependant il s’agit là d’un sujet d’intérêt général. Si la MIVILUDES, l’UNADFI et les médias n’ont d’autres sources que des personnes dont la moralité a été sérieusement mise en cause dans le passé, voire récemment, comment peuvent-ils se poser en donneurs de leçons et/ou financer lesdites sources ? Est-ce à croire qu’étant tellement en mal de témoignages pour corroborer leur narratif, les acteurs de la lutte antisectes en soient réduits à accepter et financer tout ce qui va dans leur sens, peu importe la crédibilité et au diable l’éthique ? Ou qu’en fait, les meilleurs détracteurs de mouvements religieux et spirituels sont ceux qui accusent les autres de leurs propres vicissitudes ?

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